« Les Mamelouks » vus par Julien Loiseau

18 février 2019 0 Par admin

« Les Mamelouks » vus par Julien Loiseau

La conférence qui s’est déroulée à l’Institut du Monde Arabe le 4 février 2015 et portant sur les mamelouks a pris la forme d’une présentation des résultats de recherche de Julien Loiseau. L’ouvrage de l’historien Les Mamelouks revient sur l’expérience politique de ces derniers entre le XIIIe et le XVIe siècles.

Julien Loiseau est maître de conférences HDR à l’université Paul-Valéry Montpellier-3 et membre junior de l’Institut universitaire de France. Il dirige le Centre de recherche français à Jérusalem. Ses recherches sont consacrées à l’une des expériences politiques les plus originales qu’ait connu le monde islamique : le règne des Mamelouks sur l’Égypte et la Syrie durant trois siècles. Inaugurés par les califes abbassides au IXe siècle et prolongés dans certaines provinces de l’Empire ottoman jusqu’au XIXe siècle, le recrutement d’esclaves soldats et la promotion d’affranchis dans la hiérarchie de l’État ont une histoire millénaire en Islam.

Mais le régime qui s’est mis en place au Proche-Orient au milieu du XIIIe siècle présentait une certaine nouveauté : pour la première fois, un ancien esclave soldat était élevé sur le trône avec le soutien des principaux officiers de l’armée, tous comme lui des mamelouks affranchis. Notre propos ici va consister à présenter les liens entre cette expérience politique particulière et le développement urbain et architectural qu’il a induit. 

Aux origines : l’avènement des Mamelouks

L’auteur lève le voile sur le destin singulier de ces hommes que les hasards des guerres jetaient au Proche-Orient et incorporaient à une nouvelle patrie, une nouvelle identité, une nouvelle fonction sociale. Éduqués dans la foi musulmane, formés aux arts de la guerre, les Mamelouks n’avaient pas seulement vocation à servir leur maître et à défendre leur pays d’adoption : les meilleurs d’entre eux allaient ensuite gravir les échelons de la hiérarchie militaire et, pour quelques-uns, prétendre au trône.

Cette expérience politique particulière est en réalité due à un ensemble de facteurs liés. Elle se caractérise par la constitution de souverains étrangers familiers (issus de l’esclavage militaire). Ce sont les invasions mongoles qui vont pousser les princes ayyoubides (descendants de Saladin) à acheter beaucoup plus d’esclaves soldats. En effet, les souverains s’entouraient d’une garde « prétorienne » constituée de cette manière. Cela va avoir comme résultat la constitution de véritables régiments.

Cette expérience politique particulière est en réalité due à un ensemble de facteurs liés. Elle se caractérise par la constitution de souverains étrangers familiers (issus de l’esclavage militaire). Ce sont les invasions mongoles qui vont pousser les princes ayyoubides (descendants de Salah Al-Din) à acheter beaucoup plus d’esclaves soldats. En effet, les souverains s’entouraient d’une garde « prétorienne » constituée de cette manière. Cela va avoir comme résultat la constitution de véritables régiments.

Ces soldats officiers vont être les futurs souverains mamelouks. Ils seront d’abord originaires d’Ukraine et de Russie. Leur origine va changer et ils viendront par la suite des montagnes du Caucase. On les appellera les circassiens. Cela adviendra à partir du XIVe siècle. Ce nouveau régime va surtout être le défenseur de ce qui reste de l’empire islamique face aux mongoles. La figure emblématique de ce régime est Baybars. Il est important de rappeler que l’on voit se constituer dès lors une véritable aristocratie urbaine. C’est dans ce contexte que le tissu urbain va connaître un formidable essor !

Les Mamelouks : sédentarisation et influences urbaines

C’est avec le sultan Barquq (régnant entre 1382 et 1399) que la pérennisation du régime va être possible. C’est peut être le premier circassien. Il tentera d’instaurer une dynastie mais cela échouera et ses véritables héritiers seront ses anciens esclaves soldats. C’est cette expérience politique particulière qui sera à l’origine de la constitution d’un formidable patrimoine urbain. Deux types de monuments vont marquer l’influence des mamelouks. D’un côté les palais et de l’autre les mausolées.

Pour ce qui est des palais, il s’agit à la fois d’un lieu de résidence et d’un lieu du pouvoir. C’est la maison des émirs et on y retrouve en général, une cour, des écuries, et des jardins. C’est l’expression de la visibilité et de la puissance pour des souverains étrangers aspirant à la postérité. En effet, les souverains mamelouks ne pouvant faire hériter leurs descendants aspirent à la postérité par d’autres moyens. C’est aussi l’un des facteurs expliquant un tel essor urbain. L’un des exemples de cette splendeur architecturale est le palais de Taz construit en 1352 au pied de la citadelle du Caire. Il s’agit d’un gigantesque monument. L’autre type de monument est représenté par les mausolées. C’est un des seuls instruments de l’autochtonie à laquelle les souverains mamelouks aspirent. Ils construisent souvent plusieurs mausolées et constituent ainsi une véritable géographie funéraire à travers le « dar al-islam ». C’est le symbole de l’autochtonie urbaine mais aussi peut être d’une postérité impossible.

Le développement urbain sous l’ère des Mamelouks est indissociable de leur aspiration à la postérité. L’expérience politique qui est menée entre le XIIIe et le XVIe siècles va produire un incroyable essor architectural. Il sera pensé comme quasi-éternel car bien souvent les palais Mamelouks seront adossés à un « waqf » qui est sensé durer jusqu’au jour de la résurrection…