Abû Hâmid al-Ghazâlî (1/3) : aperçu d’une vie à la recherche de certitude

18 février 2019 0 Par admin

Abû Hâmid al-Ghazâlî (1/3) : aperçu d’une vie à la recherche de certitude

Nous poursuivons la redécouverte des grandes figures de la civilisation arabo-musulmane. Après Junayd al-Baghdâdî, nous vous présentons dans cette nouvelle série d’articles le savant Al-Ghazâlî. 

L’Imâm Abû Hâmid Al-Ghazâlî est sans doute l’un des astres les plus brillants de la civilisation arabo-musulmane depuis de nombreux siècles. La profusion de ses enseignements, la finesse de son style d’écriture, son esprit rigoureux, la pertinence et la profondeur de ses réflexions lui ont valu le surnom de « L’Argument de l’Islam » (Hudjat Al-Islâm). Aimé et connu par le commun des musulmans, apprécié et honoré par les savants musulmans, Al-Ghazâlî est devenu une incontournable référence de l’islam. 

Abû Hâmid Muhammad al-Ghazâlî, autrefois connu en Occident sous le nom de Algazel, est né à Tûs dans le Khurasân (en Iran) en 1058 av. JC/450 ap. l’Hégire.

« Tour à tour docteur de la Loi, théologien dogmatique et théoricien du soufisme, il avait en effet combattu inlassablement pour faire triompher la Sunna et la foi sunnite de tous ceux qui menaçaient l’unité, la paix et l’équilibre de la communauté musulmane rassemblée derrière le calife abbâsside de Bagdad »[1]


C’est ainsi qu’il est présenté par Deladrière dans son introduction consacrée à la vie de Ghazâlî. Il étudia le fiqh châfi’ite d’abord à Tûs puis à Jurjân. Il suivit ensuite à Nishâpûr l’enseignement de Juwaynî (célèbre théologien ash’arîte) à partir de 1082, jusqu’en 1085. Il s’initia également très tôt au soufisme avec son frère Ahmad al-Ghazâlî. Néanmoins, son engouement pour cette discipline sera un peu plus tardif. Il devint par la suite un des proches du vizir Nizâm al-Mulk qui lui « confiera l’enseignement du droit chafiite à la Nizâmiyya de Bagdad »[2]. Il y enseignera pendant quatre ans. Ces quatre années passées dans l’enseignement sont une période d’intense réflexion qui conduisirent à un tournant dans sa vie puisqu’ainsi que le présente Deladrière, « c’est pendant cette période que Ghazâlî fut en proie au besoin de plus en plus impérieux et obsédant de la «certitude» (yaqin) […] »[3].

Décidant d’emprunter le chemin du doute pour mieux parvenir à la certitude absolue, Ghazali exposa, dans le domaine de l’épistémologie et de la connaissance, sa théorie des « voies de la certitude » (madarik al-yaqin), déclinant celles-ci par degrés. Il mis en lumière, par sa réflexion, l’existence de sept degrés du savoir et de la connaissance, oscillant entre deux extrémités : l’ignorance (niveau le plus bas du savoir) d’une part, et la certitude (cette dernière étant considérée comme le savoir parfait) d’autre part.

Cette quête de certitude pousse d’abord Al Ghazâlî à lire et essayer de comprendre les philosophes. De cet effort résultera dans un premier temps le Maqasid al-falasifa (les finalités des philosophes) où il expose sa compréhension de la philosophie. Sa maitrise progressive de la matière l’amène dans un second temps à combattre les principales figures de la philosophie (falasifa) de l’époque, dont le prestige et la fascination étaient grands à la période où il écrit.

Sa critique se caractérise en particulier par un mouvement de réaction à l’égard des penseurs inspirés par la logique grecque (dont Avicenne). Dans son fameux ouvrage Tahafut al-Falasifa (L’incohérence des philosophes) écrit en 1095, Ghazâli expose vingt questions philosophiques en les jugeant selon leur compatibilité avec la foi musulmane. L’auteur s’emploie à démontrer l’erreur de la philosophie jugée toute-puissante :  celle-ci ne peut selon lui prétendre accéder à « la Vérité » puisqu’elle amène dans certains cas à contredire la Révélation. Il faut toutefois bien souligner que Ghazâlî ne réfutait pas toute la philosophie puisqu’il « ne condamne pas toutes les « sciences philosophiques », telles les mathématiques, la logique, la politique et l’éthique »[4]. Il lui arrivera même d’utiliser ces mêmes « sciences philosophiques » dans ses ouvrages.

Ensuite, ce sont les ismaéliens qui sont pris pour cible par Ghazâlî. Ce dernier considère que leur doctrine est un danger pour la foi sunnite et rédige des ouvrages pour réfuter notamment la nécessité pour l’homme « de suivre l’enseignement d’une personne spécialement douée de l’infaibilité, à l’exclusion de toute autre, à savoir l’Imâm »[5] ou encore le caractère «intérioriste» ou ésotériste de la lecture du Coran et de la Sunna et « donnant la préférence au sens intérieur et caché (bâtin), au détriment du sens littéral de la Révélation et de la Tradition »[6].

[1] Roger Deladrière, Le tabernacle des lumières, p. 9

[2] Ibid, p. 11

[3] Ibid

[4] Ibid, p. 13

[5] Ibid, p. 16

[6] Ibid

Cet écrit est le premier d’une série de trois articles portant sur la vie et la pensée d’Abû Hâmid Muhammad al-Ghazâlî.